Conférence gesticulée de Frédéric Lemaigre : « Artiste est un sot métier… Mais j’sais pas quoi faire d’autre! »

Frédérick Lemaigre

© Jehane Ouriqua

Le jeudi 13 février, Fréderic Lemaigre s’est essayé à la conférence gesticulée dans la salle de l’Arsenal du Carré Amelot avec pour thème le métier d’Artiste : « Artiste est un sot métier… mais j’sais pas quoi faire d’autre! ». Qu’est-ce que l’équipe d’ARTTES en a retenu ? Le résumé (non exhaustif et tout en subjectivité) de la conférence ci-dessous.

Salle de l’Arsenal du Carré Amelot. 19h45.

[LA CONFERENCE A DEJA COMMENCE]

C’est dans la salle de l’embarquement de l’exposition Une mer sans escale [Then Silence You See] que Frédéric Lemaigre fait les cent pas et qu’un écran nous indique blanc sur noir que la conférence est déjà commencée. Ah ? On se dépêche de s’asseoir sur ces sortes de caisses en bois qui servaient de malles aux marins. Les hamacs de l’Hermione suspendus au plafond, au milieu des vagues, attirent l’œil. De temps à autre, une mouette s’envole sous nos pieds. On s’y perdrait… Où est la Terre ? Où est la Mer ? Frédéric Lemaigre entre en scène et s’exclame :« Ça c’est de l’art! L’excellence de l’art! ».

C’est donc l’Art qui nous a perdu, encore une fois.

On se concentre car le ton de la conférence est donné. Ce soir, on évoquera l’Art. Ou plutôt l’Artiste puisque la conférence s’intitule « Artiste est un sot métier… mais j’sais pas quoi faire d’autre! ».

[LA CONFERENCE EST GESTICULEE]
La conférence est annoncée comme le dernier film d’action : « Ce soir, il y aura…». On retient, dans le désordre, que les thèmes abordés seront : Deleuze, l’absence, la douleur, l’auto-portrait, le RINGARD, la photographie, la beauté… Bon, après réflexion, peu de chance de trouver tous ces thèmes-ci dans le dernier Rambo.

Empruntée à Frank Lepage, la conférence gesticulée est donc un savant mélange entre la conférence proprement dite et le one-man show. A voir Fréderic Lemaigre s’affairer sur la petite estrade, on devine qu’il s’agit de faire vivre sa conférence de manière théâtrale. Mais sans être tout a fait dans le théâtre. La conférence gesticulée, dit-il, c’est une transmission de savoirs chauds et froids. Les savoirs qui touchent l’affect, les sentiments, les souvenirs. Et puis les savoirs universitaires qui touchent à la connaissance proprement dite.

Ainsi Frédéric Lemaigre est tour à tour le cliché du conférencier (avec lunettes évidemment), guignol, peintre, en face à face avec lui même, dans son propre auto-portrait, sa propre dérision de lui-même. Il fait les cent pas, s’allonge, s’assoit, balance ses livres. Il se tait aussi parfois, et c’est l’écran qui s’exprime. Il pose des questions : « Il y a t-il des artistes dans la salle ? Des Instits ? Des agrégés ? » Le public ne lui plaît pas. Il le purifie avec son purificateur de public, un désodorisant qui devient par la force des mots et de l’écriture ce qu’il veut qu’il soit (et qui empeste toute la salle soit-dit en passant). Et puis, en cas de problème, il appelle sa fée clochette, un homme, parce que c’est tout ce qu’il me restait, ironise-t-il.

[TROUVER SA PLACE ]
Des questions soulevées par Frédéric Lemaigre, on retiendra principalement celles sur la place du jeune (et du moins jeune) artiste plasticien dans la société actuelle. Comment se positionner en tant qu’artiste dans la société actuelle? En tant que professionnel, amateur ? Le parcours du jeune artiste, celui qui sort tout juste de l’école, celui qui est prêt à se brûler les ailes, est un parcours du combattant. Il y a ceux qui arriveront à obtenir une reconnaissance et ceux qui resteront en marge. En sont-il pourtant moins artistes ?

Dans l’imaginaire collectif, l’artiste est parfois un marginal, en dehors des réalités, pas très fiable, pas très sûr. « Pas clair clair, ces artistes ». Pourtant, être artiste c’est déjà être son propre médiateur culturel, le patron de sa propre entreprise, c’est comprendre les systèmes de législation institutionnels. Et dans un monde où il peut parfois manquer une vraie parole artistique, ce n’est pas toujours facile de trouver sa place.

Frédéric Lemaigre évoque aussi le consumérisme culturel actuel. Aujourd’hui, l’art deviendrait un produit de consommation. C’est comme tous ces yaourts que l’on peut voir par centaines au supermarché : il en faut pour tous les goûts. Mais n’est-ce pas le meilleur moyen de dénaturer la pratique artistique que de lui donner une direction à prendre afin de s’assurer de plaire ? Le monde artistique devrait être capable de s’affranchir du financier, du productif, du consumérisme.

[THE END]

Frédéric Lemaigre pose les prémices d’une réflexion sur le statut d’artiste dans la société actuelle, et surtout sur le devenir des jeunes artistes et leur évolution dans leur pratique artistique. La conférence est rendue vivante par la gesticulation permanente : il y a comme un écho entre ce qui est dit et ce qui est représenté. Les thèmes abordés, en rapport avec l’artiste, sont nombreux. Beaucoup de questions ont été posées, mais les réponses ne sont pas toujours évidentes. Alors pour en savoir plus, on vous suggère d’aller lire cette interview de Fréderic Lemaigre :

Entretien avec Frédéric Lemaigre

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