Expo graffiti Collectif Ultimatum: Rencontre avec EPEO, graffeur

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Le Collectif Ultimatum*, pionnier du mouvement Hip Hop à La Rochelle accueille dans son espace d’exposition « L’atelier » (22 bis avenue des grandes Varennes à La Rochelle), les graffeurs « SERY, EPEO, INOX et BACENT » pour une exposition proposant la diversité et la richesse des expressions et des techniques utilisées dans le mouvement graffiti.

Le collectif Ultimatum est une association crée par Alix Vidoire et Tarek Azouagh, danseurs Hip Hop et enseignants, disposant d’un lieu d’expression « L ‘atelier », véritable carrefour artistique proposant deux studios de danse et un hall d’exposition.

Arttes Magazine a rencontré un des graffeurs de l’exposition, « EPEO ».

De peindre une mobylette, je me suis retrouvé à faire du graffiti!

Peux- tu nous parler de ton parcours et comment as- tu commencé à pratiquer le graffiti?

EPEO-2On est en 1994, je vis à Pau et je veux repeindre ma mobylette, je comprends très vite qu’au pinceau ça va être compliqué, alors j’achète des bombes de peinture, et pour les tester, je fais quelques essais; très vite j’écris des mots, je formule des messages et je prends conscience que je peux m’exprimer partout! A l’époque j’ai ce besoin “d’exister”, j’ai 14 ans. Je commence par trouver un blaze ( un pseudo) que je pose à la bombe, au marqueur, au cirage, un peu partout où je passe. La scène graffiti de Pau à l’époque avait 2 ou 3 graffeurs bien réputés et je voulais en faire partie. En voyant leurs graffs, j’ai eu envie moi aussi de voir mon blaze en plus grand, plus gros, d’imbriquer les lettres les unes aux autres. Le tag c’est une écriture simple et radicale, le graffiti c’est plus élaboré, il te faut davantage de temps pour le poser. Vers 15-16 ans je démarre alors les “blocs-letters” (forme en bloc dans le travail des lettres) avec 1 ou 2 potes de mon quartier. Je ne faisais, ne pensais qu’à ça, c’était devenu une addiction et elle l’est toujours. Eux lâchent très vite et je préférais être seul au cas où je me fasse arrêter. Je posais toujours à côté d’autres graffeurs, ma motivation était qu’ils me lisent, qu’on me voit. J’arrive à La Rochelle en 1997, j’ai la rage d’être là, d’avoir quitté Pau; je découvre une multitude de graffs , de tags, notamment des “SIONE”, “JESK”, je me dis qu’il y a un sacré niveau dans la ville. Alors je mets “les bouchées doubles” au fatcap (embout fixé à la bombe de peinture permettant de réaliser des traits épais) et je graffe “TOE” un peu partout, mon ancien blaze, avant celui d’ “EPEO”. Vers 1998, je rencontre ”SERY”, “ KEBZ” et “BACENT FMS”. A partir de ce moment nait une véritable amitié, différents crew (équipe) se sont montés, “BLC”, “PSA”, avec “ORION”,et “PEON”(pas l’actuel “El Peon”). J’ai découvert un autre graffiti, beaucoup moins traditionnel, axé sur le délire de la lettre et non sur sa force; un graffiti à la “barcelonnaise”, beaucoup plus barré et plus du tout dans le lettrage classique; une sorte de graffitti artistique.

Je definirai mon style comme « Ignorant Style »

Quel est le style qui t’a le plus influencé?

J’aime tous les styles! Je n’ai jamais été renfermé, j’ai tout testé: la 3D (pièce en 3 dimensions), L’ignorant style (style basique mais innovant), le wildstyle (style où les lettres sont entremelées). La construction du graffiti est un enchevêtrement: je démarre forcement mon graff avec une idée du style et petit à petit un autre survient, gommant le précédent. Ce qui m’a vraiment influencé c’est le tag! Ton graffiti en résulte……ce que tu présentes en graffiti c’est ton tag en plus gros avec des lettres bien remplies, si tu as des lettres poussives, ton graff sera semblable et si tu as des lettres simples tu auras un graffiti simple. C’est comme ça que ça se danse!

Comment définirais- tu ton style de graffiti?

Je le définirai comme « Ignorant Style ». J’ai une approche libre, instinctive, proche de l’art brut,
avec de fortes influences du début du graffiti à New York. Je déstructure tout, je casse la lettre , je n’ai plus envie qu’elle ressemble à une lettre mais je veux qu’elle reste lisible….. c’est paradoxal……

EPEO-3Où trouves- tu tes inspirations?

L’inspiration je la puise dans ce que je vis et ressens au quotidien, c’est malheureux mais la bêtise humaine est une grande motivation….au même titre que mon amour pour l’humanité! Quand j’ai de fortes émotions, je passe direct à la création, j’en ai besoin pour vivre, c’est mon exutoire. Avec « KEBZ » et « OPAZ », on avait monté un crew: « A.T », Aéro Thérapie, ça veut tout dire…

Comment as- tu investis la toile?

Dans les années 2000-2001, on m’a proposé de faire une exposition, au départ j’ai refusé car le graffiti devait rester sur les murs, dans la rue. C’est une aventure le graffiti, une performance et puis c’est éphémère! On m’a convaincu par le fait que ce serait un exercice intéréssant, une sorte d’évolution à ma pratique, un moyen de m’exprimer différement. Cela n’a pas été facile et j’ai fait un énorme blocage au départ! La toile je l’assoçiais à l’académique, aux beaux-arts et je ne savais pas faire ça! Heureusement, ça s’est décanté et j’ai réussi à dépasser mes idées reçues!

Y a t- il un artiste que tu admires tout particulierement?

Oh que oui…….. EKO……. EKOSYSTEM!!!!! C’est un maître pour moi, un maître fantôme car j’ai grandi dans la même ville que lui à Pau , sans jamais le rencontrer! “Energumène Komplètement Oisif”. Ses tags gigantesques au fatcap, ses identifications, ses lettrages simples et puissants, tout le monde pouvait le lire et pas seulement des personnes issues de la culture graffiti. C’est ce qui me touche chez ce graffeur!

Sur tes peintures, pourquoi la personne est souvent cachée?

Parce qu’on se voile toujours la face, derrière le masque, ça peut être toi, moi, tout le monde peut s’identifier. Au départ j’exprime mon ressenti, c’est un autoportrait puis au cours de la réalisation de ma peinture, mon travail évolue, et c’est le ressenti de la société que je veux exprimer…..

Tes créations sont réalisées à la bombe, as-tu utilisé d’autres mediums?

Dans mes toiles, j’utilise essentiellement la bombe aérosol mais aussi le posca (marqueur peinture) et la gouache pour les détails minimalistes. Ce que j’aime avec la gouache c’est que je peux la travailler vite, je la fait sécher au décapeur thermique pour obtenir des dégradés.

Grâce au Gabut, à La Rochelle il y a une proximité avec le graffiti, une vrai visibilité sur l’art urbain.

Ta vision du graff a- t- elle changé avec le temps?

Elle a évolué….. Maintenant avec les bombes spécialisées, on peut atteindre l’excellence! Le matos est tellement puissant que parfois j’utilise des bombes dites merdiques pour rester un peu plus ghettos. Je trouve que le graffiti est de plus en plus conventionnel, il faut le casser, il est trop parfait, trop lisse! Tiens c’est comme la télé: Maintenant il y a la HD; tu regardes « Le bon, la brute et le truand », la définition de l’image est de qualité supérieure à celle de référence mais le film reste d’époque; le graff c’est pareil, c’est du HD mais d’époque!

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Quel est ton regard sur la scène graffiti?

Le graffiti est devenu un art et la scène graffiti actuelle est grandiose! Je suis fier d’appartenir à cette scène! Je m’aperçois qu’il y a des personnes qui se lâchent de plus en plus, y compris ceux de ma génération! Sur La Rochelle, on a une scène riche en technique puis on a de la chance d’avoir un spot d’expression libre en plein centre ville, au Gabut. Enfin ce spot est plus que menacé car des travaux de démolition sont bientôt prévus, je suis horrifié, tous les graffeurs sont affligés; C’est une des rares villes de France où l’on a un spot pareil! Il y a une proximité avec le graffiti, une vrai visibilité sur l’art urbain, une galerie sauvage et poétique à ciel ouvert, en cohérence totale avec les origines de la ville. Cette pression immobilière me révulse…

Penses -tu que le fait que le graffiti devienne une forme d’art tolérée dans les institutions soit une bonne chose?

Heureusement que je suis le seul à répondre à cette question!!( rires..)
Je pense que c’est une bonne chose, je te dis ça car j’ai 34 ans! Perso, j’ai envie de laisser une trace….Le graffiti doit laisser une trace dans l’histoire de l’art!

Que penses- tu de la médiatisation actuelle du graffiti? Et de l’impact d’internet sur le graff?

C’est comme dans tout, ça a ses bons et mauvais côtés!
Pour moi le graffiti c’est du direct, c’est l’art de rue! Faut que ce soit toi qui le découvres! Mon kiffe c’est de voir des graffs, des tags à 5 m ou 500 bornes de chez moi dans leur contexte! Le meilleur média, c’est soi même, la pub c’est pas par internet si tu veux être connu ou reconnu, pour ça faut dire que t’existes! Faut graffer! Et pas simplement poster une photo sur Facebook ou sur le net en disant “j’existe”, je trouve ça pathétique!

Quel est la différence majeure entre le graffiti et le street art?

Le graffiti, il est conquérant, défini par des goûts artistiques, c’est “ un chien errant”.
Le street art, il est situationniste, défini par des messages, il est révolutionnaire.

Quels sont tes projets à venir?

De la peinture!!! De la peinture!! De la peinture…

Liens à consulter:

www.facebook.com/ultimatum.collectif

www.facebook.com/LRCityGraffiti

www.facebook.com/artcitoyen

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3 commentaires

  1. dire qu’ultimatum est pionnié faut quand même pas abuser ..sont un peu imbue d’eux même …nos grands frères avaient déjà ouvert la voie

  2. yo epo.. un ptit retour sur pau pour une turpein?
    tu peut faire un tour sur BLOG DE NACRE et y trouver mon tel et mon mail..
    surtout n’hésite pas a appler…au plaisir de te revoir..

    keep writing

  3. Salut épéo, c’est géraldine du Moudang, tu peux m’envoyer un msg sur la page https://www.facebook.com/YAP9art ou a geraldine.becquet@cegetel.net je me mets au spraypaint :) A bientôt!

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