Le CNAR en Poitou-Charentes : une usine de fabrique culturelle, artistique et citoyenne d’exception

L’usine de création artistique la plus renommée du Poitou-Charentes est actuellement dans la tourmente. Symbole de dynamisme culturel fort, le Centre National des Arts de la Rue en Poitou-Charentes est installé dans l’ancien site industriel de chamoiserie et de ganterie des usines Boinot. Depuis 2011, le CNAR permet à des compagnies locales et de toute la France, de produire des œuvres originales dans un univers onirique et loufoque emprunt de féérie et de légèreté.

Cie Alice, Brigade, Saintes

Les Usines Boinot ont été la 8e structure à se voir attribuer le label « Centre National des Arts de la Rue » par le ministère de la Culture en 2009 . Son installation dans la région Poitou-Charentes n’est pas apparue ex nihilo. Un premier CNAR a d’abord été accueilli à Cognac de 2005 à 2008 porté par René Marion, alors directeur du Théâtre de l’Avant-Scène et créateur du festival « Coup de Chauffe ».

Aujourd’hui composés de 13 sites fonctionnant en réseau,  les Centres Nationaux des Arts de la Rue ont pour chef de file, « Lieux Publics » situé à Marseille. Tous ont en commun la volonté de réinventer l’art populaire urbain et se posent en véritables vitrines des arts de la rue. Mouvement artistique pour lequel la France est considéré comme une référence à l’échelle internationale.

Un site industriel unique en France

Les usines Boinot étaient à l’origine un important site industriel de chamoiserie et de ganterie niortais.

La tradition chamoisine niortaise remonte au XIIIe siècle. Le premier témoignage de cette implantation est fourni par une pierre tombale datant de cette époque, trouvée à La Rochénard, (à 25km de Niort), sur laquelle sont gravés les outils alors utilisés pour le travail des peaux. L’activité n’a cessé d’évoluer et de connaître des rebondissements à travers les siècles. En 1744, la ville compte 57 entreprises employant 400 ouvriers et près de 1 000 femmes et enfants. A partir de 1763, l’industrie subit la guerre franco-anglaise qui compromet l’approvisionnement en matières premières. Il faut attendre les années 1850 pour que la production prenne un nouvel essor en se spécialisant dans la ganterie militaire. C’est en 1902 que Théophile Boinot reprend les rênes de l’activité qui s’est progressivement essoufflée au cours du XXe siècle. C’est à lui que nous devons le nom et la mémoire du lieu. On peut découvrir aujourd’hui encore dans la Grande Volière des Usines Boinot de vieux outils qui servaient à la production.

En 2011, après la décision de relocaliser le CNAR à Niort et suite au lancement d’une procédure pour recruter un directeur afin de gérer le nouvel établissement, Bruno de Beaufort, alors coanimateur et coordinateur de la Halle verrière de Meisenthal, en Lorraine, s’est naturellement porté volontaire. Particulièrement sensible à l’histoire des Usines Boinot et au projet de réhabilitation de la friche, le directeur du CNAR de Niort nous confie :

« Il m’a semblé pertinent d’établir un parallèle entre l’activité industrielle, artisanale et artistique ayant pour tronc commun de mêler les différents corps de métiers. C’était un moyen de rendre hommage et de préserver la mémoire ouvrière émergeant des bords de Sèvre qui a forgé l’identité de la ville ».

De l’art en usine à l’espace public

L’ancien site de chamoiserie a pour mission de soutenir les compagnies de spectacle vivant en les accompagnant dans leur processus de création jusqu’à la diffusion de leurs œuvres. Les Usines Boinot aident entre 10 et 20 compagnies chaque année. Elles proposent des actions artistiques in situ et ex situ. En organisant des mises en résidences et des partenariats dans les communes du Poitou-Charentes et en participant activement aux manifestations estivales rayonnant dans la région comme « Rochefort en Fête » ou « Les Oreilles en éventail » (dont l’édition 2015 est suspendue faute de maintien de subvention). Le CNAR s’engage dans des actions pédagogiques d’éducation artistique et populaire en invitant les artistes à résider dans les écoles et à animer des ateliers avec les élèves. En 2012, la première classe à horaires aménagés art de la rue a  été créé au collège Gérard Philippe à Niort.

Indéniablement associé à la fête et par extension à l’espace public, les arts de la rue entretiennent un rapport étroit avec la population et font appel à la notion de « community art ». Non seulement parce que les arts de la rue s’adressent au public dans sa pluralité mais aussi parce que les œuvres sont souvent créées en collaboration avec les habitants. Les artistes vont à la rencontre des gens offrant une proximité inédite dans le domaine artistique. Ils permettent de faire vivre à la population des sensations allant au-delà du simple divertissement, en sortant des sentiers battus, ils font voir la société autrement. Bruno de Beaufort souligne avec une ferme conviction :

« Ouvrir l’art, le rendre accessible et promouvoir la diversité d’expression artistique doit être maintenu. C’est un enjeu de service public, ce n’est actuellement pas le moment de mettre en péril ces dispositions ».

 

Les quelques photos ci-dessous proposent de revisiter les moments forts des « sorties d’usines » initiées par le CNAR de Niort depuis trois ans. © Aux Usines Boinot

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