« Quand Doc Out rime avec Slam In » : Rencontre avec Christine Kunz

Une performance, deux univers autour du documentaire et du slam s’inviteront le 7 novembre prochain dans la petite salle de l’Arsenal du Carré Amelot. Ces projections vont vibrer au rythme d’une joute oratoire qui promet d’être poétique !  Coup de projecteur sur une artiste hors du commun installée à La Rochelle et présente cette année sur la scène des Escales Documentaires.

Christine KunzPouvez-vous nous dire comment vous avez découvert le slam ?
C’est toujours un peu étonnant de voir comment on arrive aux choses… En 2005, mon frère et ma sœur, tous deux artistes, m’ont alerté sur le fait qu’il y avait dans les bars de la capitale, un mouvement assez surprenant venant des Etats-Unis qui était en train d’émerger. Je suis donc allée au « Bobar » pour assister à ma première scène ouverte, je me suis pris une grosse claque. Cette même année, j’ai commencé à lire mes textes sur des scènes parisiennes, ça a été une révélation. J’ai eu la sensation de m’épanouir, moi qui avais jusque là suivi un parcours classique. L’écriture a toujours fait partie de ma vie, elle a été thérapeutique pour moi dès l’enfance. J’ai d’abord commencé en tenant un journal intime. J’ai mis 40 ans à m’apercevoir qu’on pouvait dire ce qu’on écrit, trouver des sonorités, des rythmiques qui modifient et transforment naturellement le texte. J’ai alors découvert ma fibre artistique et j’ai créé en 2007 une scène ouverte « Slamalamer » à La Rochelle.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Mon inspiration, c’est tout simplement la vie, les gens, l’humanité, mes émotions face au monde qui nous entoure. J’aime l’Homme au masculin et au féminin, dans tout ce qui le rend humain.

Est-ce qu’il y a certains artistes slameurs que vous appréciez particulièrement ?
Bien sûr ! J’aime Grand Corps Malade pour son engagement socio culturel sincère et son talent. J’apprécie aussi Souleymane Diamanka, Rouda et le collectif 129 H, Frangélik Le Robert ou encore Sania Ginzburg pour son écriture cristalline, il y en a tant d’autres !

Est-ce qu’il existe des règles dans le slam et est-ce que vous en respectez certaines ?
Il existe plusieurs règles, en effet, comme réciter son texte a cappella, ne pas porter de costume, ne pas dépasser plus de trois minutes. A l’origine le slam était une scène de tournoi très populaire et surtout non élitiste. Pour ma part, je me suis orientée vers les scènes ouvertes. Quand j’anime une scène, je ne fais pas de notations. Comme j’ai beaucoup d’amis musiciens, percussionnistes, j’aime qu’ils m’accompagnent donc je ne slame pas systématiquement a cappella en revanche je conserve la règle des trois minutes pour ne pas saturer le public de mots.

Pour cette nouvelle édition, le thème du langage est à l’honneur,  quelle est votre implication au sein du Festival ?
J’ai invité quelques slameurs confirmés à se joindre à moi pour intervenir lors de la soirée « Doc Out » du 7 novembre. Nous allons faire un atelier d’écriture à partir de deux documentaires finlandais et travailler ensemble sur notre diction, sur le lien et la fluidité des textes que nous restituerons au public après les projections. C’est un challenge puisque le documentaire est un genre assez éloigné du slam bien que finalement les deux soient un travail à la fois sur le fond et aussi sur la forme. Les années précédentes j’allais au festival en tant que spectatrice, je trouvais la programmation très riche et diversifiée. Je me réjouis donc de cette ouverture entre ces deux mondes !

Peut-on faire un parallèle entre le slam et la culture urbaine émergente comme le street art et le hip-hop ?
Absolument, nous venons du même endroit ! Le mouvement a été initié par Marc Smith qui était un peintre en bâtiment américain qui très vite a été rejoint par des rappeurs afin de partager leurs ras-le-bol commun de la société. Le graff, le hip-hop, l’art contemporain urbain se mélangent puisque tout cela finalement s’inspire du quotidien.

Pourriez-vous nous décrire en quelques mots votre vision du slam?
Grand Corps Malade dit que « c’est une consultation chez le psy qui se passe dans la salle d’attente », j’ajouterais que c’est un mouvement de poésie qui réhabilite l’expression pour tous, une pratique libre et gratuite qui réunit tous les genres de tous les milieux sociaux.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui n’oseraient pas encore franchir le cap de déclamer leur textes ?
Se lâcher, on ne se juge pas puisque nous sommes tous légitimes à prendre la parole. Nelson Mandela a dit en 1994 lors de son discours d’investiture à la présidence que l’humain a peur de briller. Le slam permet justement de rendre accessible une forme de rayonnement que nous pouvons tous avoir.

 

Interview réalisé par Annabel Miton dans le cadre de la licence professionnelle mention activité et techniques de communication, spécialité Lettres, culture et nouveaux médias de l’Université de La Rochelle.

Vous pouvez retrouver le programme des Escales Documentaires sur le lien suivant : http://www.escalesdocumentaires.org/

Photographie sur la page d’accueil réalisée par © Virginie Pion Photographies.

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