Critique d’Ishow, création du collectif « Les petites cellules chaudes » présenté à la Coursive

Ishow, les petites cellules chaudes / Performance théâtrale 2.0

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La Coursive accueillait les 7 et 8 avril dernier un objet théâtral non identifié venu du Québec. Sur le thème des nouveaux modes de communication sur le web, ishow, les petites cellules chaudes promettait une belle réflexion sur les façons de consommer Internet et ses réseaux sociaux.

Présenté comme un concept théâtral contemporain sortant des sentiers battus, le spectacle iShow, les petites cellules chaudes n’a pas usurpé sa sulfureuse réputation depuis sa création en 2012.

Inédit par son dispositif, la scène est occupée par quinze comédiens autour d’une grande table chattant en direct sur Chatroulette, un site de messagerie instantanée mettant en relation des internautes par webcam, au gré du hasard. Utilisées comme fil rouge, leurs discussions sont transposées sur grand écran, laissant le public suivre les différents chats souvent sans intérêt. D’ailleurs, la vision sur grand écran des chateurs à la recherche d’un interlocuteur (ou d’un peep-show gratuit ?) rappelle l’une des grandes contradictions de l’utilisation des réseaux sociaux : une solitude aussi profonde que le web est mondial.

Si ce choix de site peut paraître intéressant du fait des impromptus provoqués par le « direct » et des improvisations que cela permet, en définitive l’impression qui s’en dégage est assez trompeuse, voire malsaine. A l’image de la fausse conversation par Skype entre une comédienne, prétendument empêchée par des problèmes personnels au Québec, et ses collègues sur scène.

Car Chatroulette est aussi connu pour la controverse qui l’entoure. Exhibitionnisme, actes sexuels, cybersexe, etc… Tout cela sans restriction d’âge et sans contrôle parental. Le paroxysme du mauvais goût est atteint dans la dernière partie du spectacle où, volontairement, deux comédiens excitent et s’exhibent devant des internautes (majoritairement des hommes) se masturbant face au public. Une séquence interminable qui, si au départ crée un malaise, finit par lasser.

Prendre comme postulat de dénoncer les excès d’Internet, cette machine à décerveler où l’on visionne, « like, « pin » ou « tweete » des contenus vides de sens, est devenu élémentaire et ne fonctionne plus. Sur grand écran, une succession d’images et de vidéos tendent à nous faire prendre conscience de la fatuité de notre ère. L’incarnation de cette inconsistance médiatique porte le nom de Nabilla – justement singée sur scène – pour qui les portes de la « notoriété » et de la déchéance se sont ouvertes sur une seule phrase d’une rare stupidité. Or personne ne doute de cette bêtise. Mais elle ne tue pas, ni ne blesse. Au contraire, elle fait le « buzz », elle fait vendre et c’est tout ce qui importe désormais. Le voyeurisme et l’égocentrisme sont entrés dans les mœurs et dénoncer ces abus revient à se battre contre des moulins à vent.

La performance des comédiens est quant à elle très honorable. Sans tabous, leur jeu est franc. Si parfois ils aguichent les utilisateurs de l’autre côté de l’écran, ils s’amusent avec eux sans les tromper. L’interlocuteur sait en effet que son image est vue par des centaines de spectateurs, provoquant alors parfois une surenchère de démonstrations incongrues et parfois drôles, facilitées par leur anonymat. Le public, lui, est prié de faire face à ses responsabilités notamment lorsqu’un comédien l’enjoint à visionner sur scène la vidéo postée par Luka Magnotta, meurtrier cannibale en mal de reconnaissance, mettant en scène son crime perpétré sur un étudiant chinois. Pudeur, honte ou effroi de la découverte de ces images, le soir du 8 avril, personne ne s’est levé.

L’objectif de ce spectacle a-t-il été atteint ? Une réflexion sur les modes de consommation de cet outil a-t-elle pu être initiée ? La réaction du public à l’issue de la représentation a été plus que mitigée. La force d’iShow réside dans le fait qu’il oblige le spectateur au questionnement qu’il ait aimé ou détesté la performance.

Cependant n’aurait-il fallu dépasser les aspects narcissiques et pervers d’Internet et ouvrir davantage le débat ? S’intéresser davantage à son utilisation grandissante dans les milieux terroristes (mise en ligne de décapitations, cyberdjihadisme), ou à sa capacité à faire naître un relent de « démocratie numérique » là où les Droits de l’Homme et la liberté de la presse sont bafoués, à l’image du « Printemps arabe », rebaptisé la « Révolution Facebook ou Twitter ».

Une chose est sûre, avec ce sujet et après déjà trois ans d’existence, iShow n’a pas fini de sillonner les routes du globe, tant la source est inépuisable.

 

Ida Hem Reun

 

Conception, réalisation et sur scène :

Hugo B. Lefort, Emile Beaudry, François Edouard Bernier, Sarah Berthiaume, Maxime Carbonneau, Patrice Charbonneau-Brunelle, Lauryn Allman Philippe Cyr, Laurence Dauphinais, Dominique Leclerc, Emilie Leclerc, Chanda Legroulx, Edith Patenaude, Gilles Poulin-Denis Audrey Talbot

Production : Les Petites Cellules Chaudes

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