Critique de « Robot », la dernière création de Blanca Li à La Coursive

© A.Jerocki

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Robot, pièce chorégraphique pour 8 danseurs et 8 robots, créée par Blanca Li

La dernière création chorégraphique de Blanca Li, Robot, a fait tourner bien des têtes à La Coursive ces 7,8 et 9 janvier 2015. Humains robotisés ou robots humanisés, la haute technologie entre dans la danse avec une envoûtante émotion.

Loufoque, inventif, burlesque, émouvant. Tels sont les qualificatifs de Robot qui n’a pas laissé de marbre les spectateurs venus en nombre à La Coursive. Les créations de la « maravillosa » chorégraphe andalouse, Blanca Li, ne laissent pour ainsi dire jamais indifférent partout où elles passent.

© A.Jerocki

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Qui n’a jamais vu un de ses spectacles aurait de quoi se représenter, avec cette dernière œuvre, le travail de cette artiste délurée, adorée des plus grands noms, du couturier Jean-Paul Gaultier à la chanteuse Beyoncé en passant par le groupe techno-pop Daft Punk.

Le spectacle est en effet une suite de tableaux de science-fiction où le corps humain devient robot par d’effarantes projections d’images, et de scènes rappelant les situations comiques des Temps modernes de Chaplin ou encore la folie propre aux films de son compatriote Almodovár.

Huit danseurs hors pair, faits de chair et d’os, partagent l’affiche avec d’étonnantes créatures composées, elles, de boulons. Des robots musiciens tout droit sortis de la fantaisie jubilatoire nipponne de Maywa Denki, et les fameux Nao, robots humanoïdes de soixante centimètres, capables de marcher, de danser, de parler et même de chanter un mémorable « besame mucho » (chanté en réalité par Blanca Li, ndlr).

Dans cet environnement ultramécanisé, la danse est bien présente, magnifiquement interprétée par des danseurs oscillant, au fil du spectacle, entre leur nature humaine et la mécanisation de leur propre corps. A noter également leur performance de comédiens lors de courtes scènes d’une théâtralité à la fois cocasse et poétique.

Ainsi, humains et humanoïdes se scrutent, s’apprivoisent, s’amusent et se séduisent. Lequel de ces deux univers se robotisera ou s’humanisera le premier ? Rien n’est moins simple avec l’esprit déjanté de Blanca Li qui, depuis vingt ans, n’hésite pas à mélanger les genres (danse, cinéma, théâtre…) et à dépasser les frontières (flamenco, hip-hop, classique, contemporain…) pour permettre l’accès à toutes les formes de l’Art.

Il n’empêche que même si ces petits robots Nao, terriblement attachants, nous font sourire, le spectacle est aussi une ode à la redécouverte du corps humain et de sa possible transformation. L’émotion qui se dégage ne provient pas de la plus haute des technologies innovantes mais bien des corps purs mis à nu.

Assurément, Blanca Li n’use pas de ces nouvelles machines de pointe par effet de mode mais pour exprimer, par la danse – art du corps par excellence – la complexité de la relation de l’homme au robot, promise à un avenir proche, qu’on le veuille ou non.

Ida Hem Reun

© Laurent Philippe

© Laurent Philippe

Chorégraphie et direction artistique : Blanca Li

Danseurs-interprètes : Yacnoy Abreu Alfonso, Géraldine Fournier, Yann Hervé, Aliashka Hilsum, Samir M’Kirech, Margalida Riera Roig, Gaël Rougegrez, Yui Sugano

Robots musicaux : Maywa Denki

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